10 questions /10 réponses

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Nos réponses à quelques questions souvent posées 

par les propriétaires d'œuvres peintes :

 

 

1 - Mon tableau vaut-il la peine d'être restauré?

 

 

2 - Mon tableau est très sombre. Pouvez-vous l'éclaircir?

 

 

3 - Combien coûte le nettoyage d'un tableau?

 

 

4 - Mon tableau est-il authentique?

 

 

5 - Faut-il vernir une peinture à l'huile?

 

 

6 - Pour nettoyer moi-même mes tableaux, dois-je utiliser du savon de Marseille, 

 

de la pomme de terre ou de l'oignon?

 

 

7 - Restauration. Rénovation. Quelle différence?

 

 

8 - Pourquoi vos retouches ne sont-elles pas exécutées à la peinture à l'huile?

 

 

9 - Combien de temps se maintiendra une restauration faite aujourd'hui?

 

 

10 - Une restauration peut-elle échouer?

 

 

(Les mots en gras font l'objet d'une définition dans le glossaire)

1 - Mon tableau vaut-il la peine d'être restauré?


De quelle valeur parlons-nous? Valeur sentimentale, esthétique, patrimoniale ou marchande? Le restaurateur peut donner son opinion sur la qualité d'exécution d'un tableau (maîtrise technique du peintre) et sur l'état de conservation des matériaux qui le composent (toile, châssis, cloutage, panneau de bois, etc.) mais il ne se prononcera pas sur sa valeur esthétique, tant cette notion est subjective. Disons simplement : si vous appréciez un tableau et souhaitez le transmettre aux générations futures, faites-le restaurer.

Il est possible que vous vous interrogiez sur le rapport entre le coût d'une remise en état et la valeur marchande de l'œuvre que vous souhaitez mettre en vente. Dans ce cas, seul un professionnel du marché de l'art (marchand, expert, commissaire-priseur) saura vous renseigner et vous dire si le tableau mérite une restauration. 

En tout état de cause, une peinture correctement restaurée aura toujours plus de valeur qu'une peinture endommagée.



2 - Mon tableau est très sombre. Pouvez-vous l'éclaircir?


Les raisons pour lesquelles une œuvre peinte s'assombrit sont multiples.

La plus courante est le phénomène d'encrassement. Au fil des ans, les substances polluantes présentes dans l'atmosphère (poussière, suie, graisses, nicotine, micro-particules, etc.) se déposent sur la surface du tableau et l'obscurcissent. 

Sous ces crasses superficielles peut se trouver aussi un vernis qui, par un phénomène naturel d'oxydation, s'est mis à brunir. Parfois, la superposition de ces deux couches conduit à une quasi illisibilité de l'œuvre. Le nettoyage peut apporter alors une réelle amélioration et révéler toutes les nuances d'une peinture lumineuse.

D'autres facteurs sont plus difficiles à maîtriser. Par exemple, sur des œuvres anciennes, on a vu noircir certains pigments composés de plomb et brunir d'autres couleurs à base de cuivre. Hélas, les restaurateurs n'ont guère de prise sur ce phénomène d'instabilité des pigments.

Ajoutons qu'en vieillissant, la peinture à l'huile gagne en transparence. Si la composition est réalisée sur des sous-couches foncées (procédé courant au dix-septième siècle), l'ensemble aura tendance à s'obscurcir légèrement.

Aujourd'hui, notre regard est conditionné par l'image moderne qui se doit d'être nette, lumineuse et signifiante. N'oublions pas que dans le passé, les représentations visuelles n'étaient pas soumises à nos exigences permanentes de clarté. Ainsi, malgré un nettoyage, il arrive que certaines œuvres anciennes demeurent sombres et mystérieuses. Si telle était la volonté du peintre, que pouvons-nous faire sinon l'accepter?



3 - Combien coûte le nettoyage d'un tableau?


Etablir une tarification standard reviendrait à considérer que tous les tableaux

du monde ont été peints par le même artiste, à la même époque, selon la même

technique picturale, avec les mêmes matériaux et que, de surcroît, ces œuvres ont été conservées exactement dans les mêmes conditions entre le moment où elles ont été réalisées et l'instant où elles parviennent dans l'atelier de restauration!

La réalité est tout autre. Avec son histoire et ses caractéristiques, chaque tableau est un cas unique. Ainsi, certaines œuvres seront nettoyées en quelques heures, tandis que d'autres résisteront farouchement, plaçant le restaurateur face à un challenge technique qui peut durer plusieurs jours. 

Pour cette raison, le principe du barème nous semble trop hasardeux. Nous préférons établir un diagnostic au cours duquel seront testées des solutions de nettoyage sur différentes zones de l'œuvre. En fonction des résultats obtenus, un devis précis sera établi. Il se basera sur une estimation du temps passé et sur le coût des produits utilisés.

Nos diagnostics et devis sont gratuits*.

 

* à l'exception de ceux qui, suite à un sinistre, sont destinés aux compagnies d'assurance. Ces devis sont facturés sur une base forfaitaire et déduits du coût de la restauration si celle-ci est engagée.



4 - Mon tableau est-il authentique?


Il convient de ne pas se méprendre sur le terme authenticité, chargé d'imprécisions.

Pour certains, il s'agit simplement de déterminer le caractère plus ou moins ancien d'un tableau et de le situer dans une époque. 

Pour d'autres, il est en fait question d'expertise qui permettra d'attribuer une œuvre peinte à un artiste connu ou une école picturale.

Le restaurateur n'est pas un expert. Toutefois, dans le premier cas, il peut étudier attentivement les éléments constitutifs du tableau, c'est à dire : le style de châssis, la toile, son mode de tissage, le cloutage, la tonalité des sous-couches, la nature des pigments, etc. Ces procédés techniques n'ayant cessé d'évoluer au cours des siècles, leur observation permet de situer l'œuvre dans une période présumée d'exécution. 

Dans le deuxième cas, seul un expert professionnel agréé, spécialiste d'un peintre, d'un courant pictural ou d'une période particulière de l'histoire de l'art, est habilité à vous délivrer un certificat d'authenticité.



5 - Faut-il vernir une peinture à l'huile?


Appliqué sur une peinture à l'huile après son exécution, le vernis présente de multiples avantages. Il sature les couleurs, unifie les zones mates et brillantes, isole et protège la couche colorée des pollutions atmosphériques. 

Sur une œuvre non vernie, ces crasses s'incrustent en profondeur dans les porosités de la couche colorée qui devient plus difficile à nettoyer. 

Que vous optiez pour un effet brillant, satiné ou mat, il est donc recommandé de vernir une peinture à l'huile si vous souhaitez la conserver dans de bonnes conditions. 

Les vernis utilisés en restauration sont à la fois stables et réversibles. Aujourd'hui, ils contiennent des agents anti-oxydant qui ralentissent le phénomène de jaunissement. 


6 - Pour nettoyer moi-même mes tableaux, dois-je utiliser du savon de Marseille, de la pomme de terre ou de l'oignon?


La couche picturale d'une œuvre peinte est une surface sensible, fragile et réactive. Il faut donc l'aborder avec les égards que nous aurions pour l'épiderme d'un nourrisson.

Le savon de Marseille est un produit dont le pH (potentiel hydrogène) se situe autour de 9. Trop basique et détergent, il est susceptible de provoquer usures, abrasions et décolorations irréversibles de la couche colorée.

L'oignon ou la pomme de terre coupés en deux et frottés sur la peinture sont des matières organiques qui se logent dans les anfractuosités de la couche picturale (craquelures, crevasses, micro-fissurations), se détériorent au fil du temps et constituent une excellente base nourricière pour les moisissures. Ajoutons que l'oignon (pH 5 environ) présente une acidité trop élevée pour ce type d'opération.

De nos jours, les ateliers professionnels utilisent des solutions de nettoyage au pH adapté, conçues spécifiquement pour la restauration des œuvres d'art. Ces produits, dont il faut connaître et maîtriser les effets, sont bien plus efficaces que les recettes de grand-mère que nous venons d'évoquer… et beaucoup moins dangereux.


7 - Restauration. Rénovation. Quelle différence?

 

Rénover signifie remettre à neuf. Dans le cadre d'un tableau ancien, cela reviendrait à dissimuler toutes traces imprimées naturellement par le temps sur la couche picturale et qui constituent ce qu'on appelle la patine. Les craquelures, les légères modifications de couleurs, l'augmentation de la transparence de la peinture à l'huile en font partie et sont un gage d'authenticité. Effacer la patine d'une œuvre ancienne dans le but de lui donner l'aspect du neuf n'aurait donc aucun sens, tant d'un point de vue historique qu'esthétique, et cette intervention la dévaloriserait considérablement.

Voilà pourquoi il convient de distinguer restauration et rénovation.

Restaurer consiste à remettre une œuvre en état, en conservant, jusqu'à un certain point, les traces apparentes de son âge. 

Cependant, il arrive qu'un élément constitutif du tableau doive être remplacé. Par exemple, si un châssis ancien est trop endommagé pour assurer une tension stable et durable de la toile, on n'aura d'autre choix que de le changer pour un châssis neuf. Dans ce cas, il s'agit bien d'une rénovation, mais limitée à un élément secondaire et invisible de l'œuvre, et réalisée uniquement dans un but conservatif.

 


8 - Pourquoi vos retouches ne sont-elles pas exécutées à la peinture à l'huile?


Durant des siècles, avant que la conservation-restauration d'œuvres d'art ne soit reconnue comme un métier à part entière, la remise en état des peintures était souvent confiée à des ateliers d'artistes, travaillant avec les matériaux dont ils disposaient en leur temps. Les tableaux endommagés étaient retouchés à la peinture à l'huile, parfois de manière abusive, avec profusion de repeints et de surpeints dissimulant la composition originale et difficiles à enlever.

Il a fallu attendre la fin du dix-huitième siècle pour que soit mise au point une technique de retouches au vernis, plus légère et réversible.

Enfin, cest durant la seconde moitié du vingtième siècle qu'une véritable réflexion a pris corps autour du métier de conservateur-restaurateur et des responsabilités qui lui incombent. Les règles professionnelles actuelles imposent de faire une parfaite distinction entre ce qui appartient à la matière originale d'une œuvre et ce qui constitue les apports d'une restauration.

De nos jours, on considère que, s'il le faut, toute restauration doit pouvoir être enlevée et refaite sans mettre le tableau en danger. C'est pourquoi les retouches ne sont pas réalisées avec de la peinture à l'huile (trop résistante et proche de la matière originale) mais avec des produits spécifiques, répondant aux exigences modernes de stabilité et de réversibilité.


9 - Combien de temps se maintiendra une restauration faite aujourd'hui?

 

Lorsque, de nos jours, des peintures du XVIIème ou du XVIIIème siècle arrivent dans un atelier de restauration, on constate que, dans leur grande majorité, elles ont fait l'objet de plusieurs remises en état depuis leur période d'exécution : rentoilages, remplacement de châssis, renforcement du cloutage, poses de pièces au revers, repeints, etc.

Tous les matériaux évoluant et se transformant au fil du temps, il est normal que des restaurations réalisées dans le passé, même avec le plus grand soin, soient refaites au bout d'un certain nombre d'années.

Mais au delà de ces évolutions naturelles, les conditions de conservation de l'œuvre sont très importantes et déterminantes (voir le chapitre Conservation). Ainsi, sur un tableau soigneusement entretenu, la stabilité d'une restauration sera bien meilleure que sur une œuvre conservée dans de mauvaises conditions.

Face à la difficulté de s'appuyer sur un pronostic standard applicable à l'ensemble des œuvres peintes, on établit une moyenne en considérant qu'un tableau est remis en état environ tous les siècles.

 


10 - Une restauration peut-elle échouer?


Il est important de distinguer échec et erreur.

Face aux problèmes qui lui sont soumis, le restaurateur d'œuvres d'art a une obligation de moyens. Cela signifie qu'il doit proposer les traitements les plus efficaces pour aboutir aux meilleurs résultats.

Cependant, certaines pathologies rares et complexes ne trouvent pas toujours de solutions techniques fiables, scientifiquement éprouvées, disposant du recul suffisant qui garantira leur stabilité dans le temps. Lorsqu'il est confronté à une situation de ce genre, le restaurateur informe le propriétaire de l'œuvre et, avec son accord, limite ses actes à ce qui est raisonnablement possible de faire, sans prendre de risques inutiles.

Ce devoir de prudence (que certains considèrent peut-être comme un échec) est, sans aucun doute, préférable à l'erreur technique irréparable, conséquence d'une faute d'appréciation, d'un manque d'expérience ou de connaissances.

(voir ci-contre, les photos du tristement célèbre Christ de Borja, conservé en Espagne dans la région de Saragosse, confié "aux bons soins" d'une restauratrice amateur, avant et après son intervention en 2012)